Simone Média, le féminisme version pop

Lancé en avril 2018 par le groupe Prisma, Simone Média s’impose sur les réseaux sociaux comme le premier média féministe 100% vidéo. Les sept membres de son équipe veulent proposer une information à la fois engagée et généraliste, sous un format innovant.

Les membres de la rédaction de Simone Média, de gauche à droite: Ségolène Grison, Aurélien Vilpoux, Loïc Fontaine, Céline Daugenet, Agathe Decaux, et Frédérique Lelong. (Absente: Marianne Cousseran)

 

Cadres fluos, montage efficace, Simone Média réinvente l’information au féminin. Depuis avril 2018, il nourrit les fils d’actualité Facebook, Instagram et Twitter avec ses vidéos au format court. Destiné aux femmes de 20 à 40 ans, Simone revendique un ton décalé et engagé.

“Simone s’est créé en plein mouvement #MeToo. Il s’inscrit dans un néo-féminisme, plus soft que celui qu’ont connu nos mères et nos grand-mères”, explique Julien Lamury, qui chapeaute désormais Simone, Femme Actuelle ainsi que d’autres publications du groupe Prisma. Début octobre, en pleine affaire Kavanaugh, le média diffuse par exemple le portrait de Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour suprême des États-Unis et grande défenseure du droit des femmes. 

Capture d’écran de la vidéo de Simone sur l’écharpe en forme de vulve

Contre le « féminisme dur », Simone se présente aussi comme un média généraliste et inclusif. Chaque jour, il publie en moyenne trois vidéos, alternant témoignages de femme, reportages et séquences qui font le buzz. “On essaye de faire un peu de culture pour qu’il y ait aussi des sujets plus légers et moins sombres que certaines de nos interviews”, précise la rédactrice en chef adjointe Céline Daugenet. Sur la page Facebook de Simone, on peut voir côte à côte le témoignage d’une victime d’inceste maternel et la présentation d’une écharpe devenue virale à cause de son design en forme de vulve. “On jongle entre ce qui marche, et ce qu’on a envie de défendre”, affirme l’ancienne journaliste de Canal.

 

 

Capture d’écran de la vidéo Simone sur le témoignage d’une victime d’inceste maternel

La petite sœur de Femme Actuelle

Né dans la galaxie de Femme Actuelle, Simone ne s’adresse pas au même public et n’aborde pas les sujets féminins sous le même angle. “Si on parle de la beauté, on va la traiter par le prisme d’un mannequin qui a une différence physique et qui l’assume”, explique Céline Daugenet. “Pas question en revanche d’expliquer comment faire une tarte à la pomme en cinq minutes”, renchérit Julien Lamury.

Si leurs lignes éditoriales semblent s’opposer, cela ne signifie pas que les contenus de l’un n’intéressent pas le lectorat de l’autre. Dans une logique de “cross post” (publication partagée par plusieurs médias du groupe), on retrouve des vidéos de Simone sur la page Facebook de Femme Actuelle. Cécile Daugenet cite l’exemple d’une vidéo traitant de la transsexualité largement partagée, après avoir été postée sur la page Facebook de l’hebdomadaire.

La logique marketing appliquée au journalisme

Novateur sur la ligne éditoriale, Simone s’est aussi emparé des standards des médias actuels, à mi-chemin entre information et marketing. Partage, taux d’engagement et d’interaction, les termes utilisés par la rédactrice en chef adjointe sont souvent issus du langage de la communication. “On se demande comment on peut intégrer les codes du social dans l’info, par exemple les lol cats”, affirme Cécile Daugenet.

Désireux de créer un engagement de la part de leur audience, les journalistes de Simone ne se fient d’ailleurs pas au nombre de “vues” mais au nombre de “partages”. Quitte à limiter certaines rubriques, comme les vidéos du “sexo incognito”, tutos sexuels sans image, plus difficiles à partager.

Si le choix d’exister uniquement sur les réseaux sociaux offre une grande liberté, il nécessite d’adopter un modèle économique totalement dépendant de la publicité. Simone a notamment recours à la “marque blanche”, un concept issu de la publicité qui permet au média de gagner de l’argent en produisant des campagnes pour des marques. “L’objectif, c’est de créer un modèle économique durable”, justifie Julien Lamury. Après six mois d’existence, trop tôt pour parier sur sa rentabilité.

Augustine Passilly et Clara Losi

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