RendezVous Photos en quête d’un « second souffle »

Malgré une interruption précipitée, le pure player RendezVous Photos garde espoir. L’un de ses créateurs, Vincent Leloup, photographe de profession, se donne jusqu’à l’année prochaine pour relancer le site, qu’il espère transformer en «vitrine de la photographie de presse».

Le site reste en ligne, malgré l’absence de nouveau contenu depuis janvier 2018.

Lancé le 18 avril 2017, le site internet RendezVous Photos a dû renoncer dès le mois de janvier suivant à ses bureaux situés à Montreuil et à son équipe composée de sept personnes. « Nous n’avons pas mis la clef sous la porte, explique Vincent Leloup, qui a fondé le média avec Eric Baudet. Le site existe toujours, mais ne compte plus que 300 abonnés, récoltés lors de la campagne de financement participatif. »

Au début, ce pure player programmait une thématique par jour en lien avec l’actualité. Il s’agissait d’articles long format illustrés par des photographies. Mais en l’espace d’un mois, l’ensemble des sujets imaginés par la rédaction avaient été traités… De quotidiennes, les publications sont alors passées à hebdomadaires. Ce changement de périodicité n’aurait toutefois pas entraîné la cessation d’activité partielle de ce média, selon ses fondateurs. La cause de cette interruption est plus concrète que cela encore.

2.500 euros de profit

Aujourd’hui, Vincent Leloup admet que RendezVous Photos a du mal à faire du profit. « Il aurait fallu attendre avant de mettre le site en ligne, mais patienter c’était perdre de l’argent. Avec 300 abonnés sur une période de neuf mois, on a dégagé 2.500 euros de profit, ce qui restait insuffisant pour faire survivre le site. En réalité, 500.000 euros auraient été nécessaires. » Vincent Leloup regrette que ces difficultés financières aient endommagé le projet et créé « des tensions dans l’équipe ».

Une bourse et des dons pour se lancer

« Nous avons démarré avec 45.000 euros d’emprunt bancaire et 60.000 euros issus des dons de 44 donateurs, surtout des proches et des photographes. » Pour compléter ces sommes, une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank a rapporté près de 30 000 euros au média. Le site a également remporté la première session de la Bourse d’émergence mise en place par le ministère de la Culture, soit 50.000 euros.

Ces entrées d’argent n’ont pas couvert les frais et les dépenses nécessaires au bon fonctionnent de l’entreprise. Charges comprises, le coût de financement des salaires a représenté 200.000 euros de dépenses. Quant aux reportages, un « sujet » coûtait environ 1.000 euros au site, sur une base de 20 euros la photo et de 36 euros le feuillet. « Il fallait payer les pigistes, les photographes et la SR, précise Vincent Leloup. Moi, je ne touchais rien. »

La situation ne pouvant plus durer, l’équipe a préféré mettre de côté le site. « On avait un second emprunt de prévu, mais j’ai préféré laisser tomber. L’emprunt nous aurait sorti la tête de l’eau durant deux mois, ensuite nous serions retournés à la case départ », observe le co-fondateur du site, qui estime à 7.000 le nombre d’abonnés nécessaire pour « subsister et créer du profit ». RendezVous Photos reste toutefois en ligne pour les 300 abonnés issus de la campagne KissKissBankBank.

Malgré cette évolution, « Vincent ne perd pas espoir », se réjouit Anne Fairise, qui s’occupait de coordonner les photos et la partie éditoriale au sein de la rédaction. Lui-même photographe, « il souhaite redonner un second souffle à ce projet, porté par Divergence Images, la plateforme de photographies à laquelle il appartient », d’après son ancienne collègue.

Plein d’espoir mais lucide, Vincent Leloup se donne comme limite le milieu de l’année prochaine pour relancer RendezVous Photos. « Il faut que je recommence tout depuis le début, en publiant des sujets de façon moins régulière, en prenant le temps de discuter avec les photographes et de mettre en place des accords de gratuité, car pour l’instant je crée de la dette. »

 

La rédaction vient de signer un contrat avec une plateforme numérique pour les médiathèques françaises. Le co-fondateur de RendezVous Photos espère voir cette voie s’ouvrir: « C’est un long processus. Si les médiathèques s’abonnent au site, je pourrais continuer à publier. » Outre ces ennuis financiers, le média est confronté à un défi crucial, se faire connaître et « rencontrer » son public.

Sur ce point, le doute assaille Vincent Leloup: « Je suis moi-même abonné à des médias comme Les Jours. Ces longs formats, il faut prendre le temps de les consulter. Or, les gens n’ont plus le temps ou, en tout cas, ils ne le prennent plus. » Et puis, l’abonnement coûtait 9 euros… Il conclut: « Nous avons mis plusieurs barrières entre nous et le lecteur. »

Cette prise de conscience lui paraît nécessaire pour redonner une impulsion au projet. Et pour soutenir une mutualisation des coûts propres aux «médias de niche, que les gens ne lisent presque plus. »

Nina Gambin

 

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