Presse : réflexions sur une instance nationale de déontologie

Fake news, conflits d’intérêt, atteinte à la déontologie… Pour contrer l’érosion de la confiance entre le public et les médias, la profession souhaite s’organiser. Cela pourrait passer par la création d’une instance de déontologie journalistique.

Le ministre de la Culture Franck Riester (au pupitre) plaide pour la création d’un conseil de déontologie. ©Noémie Koskas

 

« La majorité des grandes démocraties qui nous entourent en Europe disposent d’un tel outil ». À la tribune de l’Hôtel de Ville, devant un parterre de délégués syndicaux, le nouveau ministre de la Culture Franck Riester aborde la question de la mise en place d’une instance de déontologie professionnelle. Une revendication que porte le Syndicat national des journalistes depuis plusieurs années.

L’organisation penche en effet en faveur d’une autorégulation de la profession. Elle a d’ailleurs fermement rejeté le texte relatif à «la lutte contre la manipulation de l’information» ou loi sur les «fake news» proposé par le gouvernement, qu’elle accuse de menacer la liberté d’informer.

Devant les journalistes, Franck Riester embraye: « J’ai décidé de confirmer la mission confiée à Emmanuel Hoog ». Sous l’impulsion de l’ancienne ministre de la Culture, Françoise Nyssen, l’ancien PDG de l’Agence France Presse est chargé d’étudier la création d’un conseil de déontologie de la presse, en examinant notamment les instances déjà développées à l’étranger. Selon Franck Riester, les conclusions de ce travail lui seront remises fin janvier 2019.

Une instance qui enquête et rend des avis

En quoi consisterait ce conseil de déontologie ? Le SNJ en a tracé les grandes lignes : cette instance pourrait être saisie par les citoyens ou même s’autosaisir si le moindre soupçon de fausses nouvelles ou d’atteinte à la déontologie journalistique était constaté. Elle enquêterait ensuite sur ces plaintes et émettrait un avis. Elle se réserverait le droit de rendre publics les résultats de ses investigations dans un but pédagogique. Ce «conseil de presse» associerait des journalistes, rédacteurs en chefs, éditeurs et des représentants du public.

L’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI), un organisme indépendant qui réunit des journalistes, des entreprises d’information et représentants des publics, s’aligne sur ce projet : « Cette instance sera un outil complémentaire mais un outil nécessaire pour répondre aux interrogations des publics. Cela donnerait à chacun la possibilité d’interroger les pratiques professionnelles et de saisir une autorité de médiation et de réparation morale des erreurs ou des fautes commises, sans passer par la voie judiciaire, longue, coûteuse, et pas toujours compétente sur les pratiques professionnelles des médias d’information. »

Cathy Roger ©Noémie Koskas

Parmi les professionnels de la presse, la mesure séduit. Pour Cathy Rocher, journaliste au Midi Libre à l’agence de Nîmes, « l’idéal serait d’adapter le modèle du Conseil de déontologie journalistique belge » lance-t-elle. Créé en 2009, cette instance s’occupe de « traiter les plaintes et [d’]intervenir en tant que médiateur entre les parties concernées par la plainte » et de « donner des avis sur toute question relative à la déontologie journalistique ». Un modèle qu’on retrouve également dans plusieurs autres pays d’Europe (comme en Allemagne et en Suède) ou au Québec. Mais Cathy Rocher tempère: « Il faut que la mise en place d’une telle instance soit maîtrisée. Certains de mes collègues craignent que cela se transforme en conseil de l’ordre qui menacerait leur indépendance. »

Guillaume Rose ©Noémie Koskas

Guillaume Rose, journaliste à l’hebdomadaire L’indépendant du Pas-de-Calais, se dit lui aussi « favorable à une autorégulation de la profession ». Avant de poursuivre, catégorique: « la mise en place d’une instance étatique ne pourrait mener qu’à la censure ». Pas question donc de laisser l’État légiférer sur une problématique qui devrait être appréhendée par la profession elle-même.

 

 

 

 

 

Noémie Koskas

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *