Les Jours – épisode 2 : « Il nous manque 5.000 abonnés pour être à l’équilibre »

Alice Géraud, codirectrice et cofondatrice des Jours, revient sur le pari osé du modèle sériel et 100% payant du pure-player fondé en 2016. S’il n’est pas encore rentable, le média a le mérite de proposer un contenu innovant et remplit sa mission de raconter l’actualité autrement. Entretien. 

Alice Géraud, codirectrice de la rédaction et cofondatrice. ©Céline Brégand

Lors de la création des Jours, pourquoi avez-vous choisi de traiter l’actualité en séries ?

Nous avions envie de faire du journalisme obsessionnel. Nous étions très frustrés par l’idée de passer d’un sujet à l’autre. Souvent, la réponse à ce constat est de s’éloigner de l’actualité, faire du slow journalisme, du froid, du magazine. Mais cela ne nous intéressait pas. Nous pensions qu’il y avait quand même quelque chose à résoudre autour de l’actualité, et cela passait par le fait de ne pas être exhaustifs.

L’autre frustration, c’était que la façon dont les rédactions sont partagées par des services – France, économie, société, politique – ne correspondait pas à la façon dont s’organise le monde réel. Au lieu de penser par rubrique, nous nous sommes dit que nous allions penser par sujet.

Enfin, nous nous sentions prisonniers des agendas de communication, comme l’agenda politique gouvernemental. Quand on suit un programme, on manque d’autonomie, d’initiative, et donc de liberté. Nous avons ainsi décidé de créer notre propre storytelling, avec des sujets pensés sur le temps long et incarnés par des personnages.

Votre modèle va-t-il évoluer ?

Pour l’instant, il nous convient. Après, ce qui nous éclate aussi, c’est d’inventer des choses, donc nous restons ouverts. Par contre, nous ne faisons pas de son ou de vidéo juste pour en faire, comme font certains journaux. Parfois, cela s’y prête bien, comme avec le podcast « Je, tu, il », qui permet la restitution de l’intime. Il y avait une cohérence du format avec le propos.

On a aussi fait des lectures d’une sélection d’épisodes d’une série noire par des comédiens. L’objectif, c’est d’inventer des choses, d’innover.

Vous faites des campagnes d’abonnement sur les réseaux sociaux. Est-ce que ça veut dire que vous êtes en difficulté ?

Il nous manque 5.000 abonnés pour être à l’équilibre. Il faut donc que nous recrutions plus ou que nous ayons plus d’investisseurs. Nous avons un modèle extrêmement simple et extrêmement sain qui est de vivre de nos lecteurs.

À côté, nous faisons un tout petit peu de diversification. Nous ne travaillons pas pour des marques mais nous revendons nos contenus. Nous publions certaines de nos enquêtes. Nous avons aussi des projets de développement documentaire de nos enquêtes.

Comment est partagé le capital de l’entreprise ?

Nous, les cofondateurs, nous détenons 74% du capital. Ensuite, ce sont les lecteurs, à travers le financement participatif ou des petites actions qui détiennent 8% du capital. Le reste, ce sont des investisseurs privés.

Parmi eux, Xavier Niel et Mathieu Pigasse…

Je suis associée et cofondatrice de cette boîte et je ne les ai jamais vus personnellement. Nous avons fait un papier sur l’école 42 pour dire qu’il y avait des problèmes de harcèlement sexuel et Xavier Niel ne nous a pas contactés. Il n’a pas le pouvoir. Nos actionnaires ne siègent pas dans les instances.

Nous n’avons pas beaucoup d’argent mais nous en avons dépensé beaucoup pour avoir une structure juridique solide, pour blinder l’indépendance de l’entreprise. C’est très important ça. Si nous n’avons ni le modèle économique ni le modèle juridique, nous nous faisons bouffer par les autres.

Propos recueillis par Céline Brégand et Justine Hagard

À lire aussi > Les Jours – épisode 1 : version portfolio

À lire aussi > Les Jours – épisode 3 : de l’importance des photos

2 thoughts on “Les Jours – épisode 2 : « Il nous manque 5.000 abonnés pour être à l’équilibre »”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *