Faut-il supprimer la publicité à Radio France ?

Mise en avant dans un rapport parlementaire au mois d’octobre, la proposition est critiquée par des journalistes. L’instauration d’un impôt audiovisuel universel que cette mesure induirait suscite des réactions plus nuancées.

A l’issue de six mois de travaux, la mission d’information « sur une nouvelle régulation de la communication à l’ère du numérique », a délivré sa feuille de route en vue d’une réforme prévue en 2019. (CR: PxHere)

 

Début octobre, dix-huit députés de plusieurs groupes, y compris de la majorité, ont publié 40 propositions pour dépoussiérer le cadre réglementaire de l’audiovisuel français. Parmi leurs préconisations, la suppression totale de la publicité sur Radio France et sur France 5. «L’idée n’est pas d’affaiblir l’audiovisuel public, mais d’aider à mieux le singulariser face à la concurrence privée», assure la député LREM Aurore Bergé. Un argument qui avait prévalu lors de la suppression de la publicité après 20h sur les chaînes de télévision publiques en 2009.

« Un pacte faustien »

Olivier Da Lage, 36 ans de maison à RFI, reçoit cette proposition avec circonspection: «La relation entre l’audiovisuel public et la publicité cache un pacte faustien. La publicité ne représente qu’une petite partie du budget global des stations radio, mais elles en ont besoin pour fonctionner, au risque d’être assimilées aux stations privées.»

De son côté, Claude Cordier, ancien patron de la section Radio France, voit dans cette mesure un plan de communication. «Ce n’est pas à travers la suppression de la publicité que l’on va gagner en qualité», juge celui qui a travaillé pendant 15 ans à la maison ronde. Il en veut pour preuve la faible incidence de la publicité sur le budget global de Radio France: elle rapporte seulement 40 millions d’euros par an à la station nationale, soit environ 6,7% de ses ressources totales.

Vers un impôt pour tous ?

Reste que la suppression de toute publicité sur Radio France devra être compensée. Aussi, les parlementaires de la mission d’information ont-ils préconisé d’instaurer une redevance audiovisuelle universelle. Aujourd’hui, en France, la redevance télé concerne tout appareil – ou dispositif assimilé – permettant la réception de la télévision. N’y sont pas assujettis les exonérés de la taxe d’habitation, les personnages âgées de plus de 60 ans et les usagers de plateformes numériques (télévision sur PC, tablette, portable).

Si une redevance audiovisuelle universelle devait être adoptée, il ne s’agirait plus d’une redevance décaissée auprès des seuls usagers du service, selon les modalités actuelles. Il s’agirait d’un impôt payé par tous et n’impliquant pas nécessairement de contrepartie.

Parmi les journalistes interrogés, nombreux sont ceux qui se réjouissent d’une redevance élargie à tous les foyers et à tous les usages. «C’est une bonne chose, soutient Myriam Figureau de France 3 Lyon. L’information télévisée ne concerne pas uniquement ceux qui ont une télévision. Ceux qui la regardent sur des écrans portables en profitent eux aussi, alors qu’ils ne donnent rien à l’Etat.» La mesure serait juste, d’autant que «la redevance constitue une source de financement pérenne », tient à souligne la journaliste.

Avantage aux médias privés

Journaliste à France Bleu Poitiers, Baudoin Calenge, appréhende la réception d’une telle mesure par les Français : « Cette réforme risque d’être impopulaire. C’est un impôt supplémentaire. D’ailleurs, lorsque l’ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen avait lancé cette idée, Gérald Darmanin l’avait immédiatement retoquée. » Autre risque souligné par Benoît Calenge : le report mathématique des marques sur les ondes privées. « L’audiovisuel privé va pouvoir gagner plus de sous », projette-t-il, craignant que les stations privées acquièrent audience et profit au détriment des radios publiques.

Victor-Isaac Anne et Fanny Guyomard

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