Dans les coulisses du 1

Il n’a pas cinq ans et est considéré comme un ovni dans le paysage de la presse écrite. Le 1 est un journal papier, qui reprend l’esprit des journaux d’antan. On a voulu le voir de l’intérieur : reportage.

Le logo végétalisé du 1 à l’entrée des locaux traduit les idées écologistes de la rédaction. Crédits : Fanny Guyomard

 

Dans un bel appartement du IXe arrondissement parisien, un curieux journal a posé bagages voilà un an. Son nom, le 1 hebdo. Un nouveau média né un jour d’avril 2014, dont l’esprit est pourtant d’un autre siècle. D’abord, c’est un journal papier, et qui plus est, se déplie pour atteindre la taille d’une carte routière, format que ses confrères tendent à délaisser. Ensuite, il rejette l’actualité chaude. Enfin, ses contributeurs sont rarement des journalistes, plutôt des intellectuels, scientifiques, chercheurs, écrivains ou poètes. « Mais c’est vraiment du journalisme: on rend compte de l’actualité », précise Julien Bisson, le rédacteur en chef.

Julien Bisson est le rédacteur en chef du 1 depuis plus d’un an. Crédits : Fanny Guyomard

 

Elections au Brésil, sujet sur « la bagnole » pour le salon de l’automobile… Le 1 veut se démarquer des sujets « mainstream » : il revendique plus un « pas de côté » qu’une déconnexion de l’actualité. « Maintenant qu’on a la 4G dans le métro, je fais de la veille sur mon smartphone », sourit Julien Bisson. Mais une fois les portes de la rédaction franchies, on se retire dans le monde de la littérature.

Livres, livres, livres

Partout, des livres. Sur les étagères, les bureaux, et même le plancher. Une sélection de quotidiens est posée chaque matin sur la table du rédacteur en chef, qui compilera ensuite des essais et ouvrages de chercheurs pour traiter d’une question en profondeur, selon la politique du journal: à chaque semaine un unique sujet.

Au mur, des affiches aux tons pastels du début XXe. On y voit le fier politique de gauche Georges Clémenceau, ou un cycliste, thème cher à Eric Fottorino, l’un des fondateurs et directeur de la publication.

Les fondateurs du 1 ont leur bureau dans les locaux, encombrés de livres. Crédits : Fanny Guyomard

 

Ce jeudi 18 octobre, un jeune dessinateur, Hubert Poirot-Bourdain, sort d’un entretien avec Natalie Thiriez, la directrice artistique. « On veut moderniser la poésie avec ses dessins », lance-t-elle. Une mode des magazines papier: la modernité, c’est le dessin de presse du XIXe siècle.

En supprimant la publicité, le 1 s’inspire même des journaux d’avant la presse moderne. Ses recettes ? Elles reposent sur ses 20.000 abonnés et les 10.000 ventes en kiosque. « On est pauvres, mais avec des locaux magnifiques! » plaisante Laurent Greilsamer.

Laurent Greilsamer, ancien journaliste au Monde, est cofondateur du 1 et conseiller éditorial. Crédits : Fanny Guyomard

 

Cofondateur et conseiller éditorial, il partage une belle pièce lumineuse avec Eric Fottorino et Natalie Thiriez, directrice artistique, les deux autres « patrons » du 1. Les commerciaux et responsables du marketing occupent la pièce voisine, non loin de celle de la comptabilité. Il faut se diriger vers la grande pièce au plafond ouvragé pour trouver l’équipe de dix journalistes: ils sont secrétaires de rédaction, maquettiste ou cadreur-monteur. Ici, une seule rédactrice : le texte incombe essentiellement à des personnes extérieures.

Contributeurs extérieurs

Ces contributeurs, on les croise parfois, comme l’écrivain Philippe Claudel, dont la plume se pose régulièrement sur les pages du journal littéraire. D’autres sont moins aguerris. Le rédacteur en chef se doit donc d’orienter cet ensemble disparate d’intellectuels: « Comme la plupart ne sont pas journalistes, il faut les aider à trouver un angle, la bonne écriture… » Et faire respecter les délais de parution.

Julien Bisson se décrit volontiers comme un « chef d’orchestre ». Mais pas question d’harmoniser l’ensemble : derrière ses murs lisses d’un blanc immaculé, le 1 recherche les points de vue dissonants. Pas toujours facile, comme le remarque Laurent Greilsamer: « On a parfois du mal à trouver des contradicteurs, mais il faut qu’ils soient disponibles et qu’ils acceptent d’afficher leur opinion! »

Débat entre journalistes et intellectuels

Les débats, ils ont lieu chaque lundi, autour de la longue table dédiée à la conférence de rédaction. Y déjeunent les dix journalistes et l’équipe rapprochée d’intellectuels du 1: spécialistes de l’environnement ou de la religion, polytechnicien ou statisticien, expert du proche-Orient comme l’ex-journaliste au Monde Sylvain Cypel ou de l’anthropologie comme Julien Clément.

La salle de rédaction accueille les dix journalistes du 1. Crédits : Fanny Guyomard

 

« On se demande ce qui est dans l’air du temps », explique Julien Bisson. Cette semaine, la Journée européenne contre la traite des êtres humains donne l’occasion de parler de l’esclavage moderne. Le bio, la drogue, les personnalités historiques… Des sujets jugés impérissables, pour s’inscrire dans le temps long.

Un feuilleté de temporalités

Mais au quotidien, c’est un peu la course dans la rédaction, en dépit du calme qui y règne. Ce jeudi, Julien Bisson enchaîne les rendez-vous. Demain, c’est le bouclage. « On a bouclé lundi un livre sur Trump expliqué par ses tweets. Et un numéro exceptionnel pour le 11 novembre sur le Traité de Versailles. En général, on a une visibilité sur deux semaines », informe Julien Bisson, qui jongle entre les hebdomadaires, les numéros spéciaux… et la revue America. Publiée tous les trois mois, celle-ci est conçue dans les mêmes locaux et par la même équipe de direction.

 

Fanny Guyomard

 

Le 1 fonctionne sans publicité : quelles sont ses ressources financières ? Combien de personnes le lisent et le conçoivent ? On voit ça en chiffres… et en lettres.

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