A l’étranger, des correspondants sans filet de sécurité

La décision de RFI de ne plus cotiser pour la couverture santé et retraite de ses correspondants précarise encore plus ces journalistes installés dans le monde entier. Un phénomène qui agite de plus en plus les rédactions au détriment des correspondants qui perdent toute sécurité salariale.

Image d’illustration. ©DR

 

Depuis le 6 août, une décision agite le milieu journalistique : dès janvier prochain, RFI va cesser de cotiser pour tous ses correspondants français à l’étranger. Ces derniers doivent donc trouver des alternatives pour leur couverture santé et retraite.

RFI s’est engouffré dans le flou juridique qui entoure la fonction de correspondant à l’étranger. La loi française ne les classe ni comme indépendants, ni comme salariés français ni même comme travailleurs détachés. “Personne ne comprend, ni eux, ni même nous”, regrette Myriam Guillemaud-Silenko, qui travaille au pôle pigiste et à la permanence juridique du Syndicat national des journalistes (SNJ).

Les journalistes qui ne sont plus couverts par leur média sont contraints de cotiser dans le pays où ils travaillent ou d’avoir recours à la Caisse des Français à l’étranger (CFE), dont les coûts s’élèvent à plusieurs centaines d’euros par mois.

Myriam Guillemaud-Silenko vient de débuter une enquête sur la CFE. Une vingtaine de journalistes travaillant à l’étranger ont déjà témoigné. “Une correspondante dans un petit pays d’Afrique gagne 600 euros par mois et doit payer 500 voire 550 euros à la CFE”, illustre-t-elle en protégeant l’anonymat de cette journaliste.

 

Image d’illustration. ©DR

 

RFI propose de rembourser tous ses correspondants à hauteur de 50% de leurs cotisations, dans la limite de 1.800 euros par an. “La CFE va de toute façon coûter plus cher que le régime français”, conclut Bruno*, correspondant à RFI depuis une dizaine d’années.

Mais ce n’est pas le seul problème de la CFE. Le tarif de l’assuré est aussi calculé en fonction de son salaire de l’année précédente. Myriam Guillemaud-Silenko cite l’exemple d’un journaliste qui vit avec sa famille dans un petit pays entre l’Europe et l’Asie. “L’année dernière, il a gagné le double de cette année. Du coup, il n’a pas les moyens de s’assurer.”

L’autre option, celle de cotiser dans le pays où le journaliste travaille, n’est pas non plus évidente. D’abord parce que les systèmes de santé étrangers ne sont pas toujours de qualité. Le SNJ avance un autre écueil : ceux qui ne peuvent pas cotiser en France n’auront pas de retraite à leur retour. “Pour beaucoup de correspondants, ça risque de remettre en cause leurs plans à long terme”, s’inquiète Bruno.

Ça passe sous les radars” 

Le problème n’est pas propre à RFI. Les médias sont de plus en plus nombreux à s’engouffrer dans la brèche législative. “Le Monde est en train d’arrêter de cotiser pour tous ses correspondants mais ça passe sous les radars”, s’indigne Bruno.

Dans son enquête, Myriam Guillemaud-Silenko va essayer de trouver des solutions pour ces journalistes en détresse. Mais elle cherche aussi à désigner les responsables. “Les entreprises disent que c’est l’Urssaf qui fait pression pour ne plus prendre en charge les journalistes à l’étranger mais on se demande s’il n’y a pas une entente entre employeurs”, suspecte la syndicaliste qui regrette que certaines entreprises voient leurs pigistes comme une “variable d’ajustement économique”.

Cette situation, problématique économiquement pour les correspondants, pourrait aussi, à terme, nuire au travail journalistique. “Les correspondants ne vont pas partir au Mali sans même un filet de sécurité”, souligne Bruno inquiet des répercussions sur la couverture médiatique de pays étrangers.

*prénom modifié

Solène Agnès et Diane Regny

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