À France Télévisions, « on nous demande de faire plus avec toujours moins »

En 2015, Serge Cimino se présentait à la présidence de France Télévisions. Délégué syndical central SNJ et journaliste à France 3 depuis plus de 30 ans, il croit en la nécessité d’associer les professionnels à la réforme de l’audiovisuel public. 

Serge Cimino est journaliste au service politique de France 3. Crédits : Gilles Codina

Il y a trois ans, vous vous présentiez à la succession de Rémy Pflimlin à la tête de France Télévisions. Quel était le sens de cette candidature ? 

C’était un engagement personnel guidé par la seule volonté du collectif, celui du Syndicat national des journalistes. Hier comme aujourd’hui, nos mandats nous viennent directement des suffrages. Cette candidature n’était donc pas la mienne, mais bien celle d’un syndicat légitime à défendre ses salariés. Il s’agissait en substance de montrer que nous, salariés, avions – c’est toujours le cas – un véritable projet et une vision durable pour cette entreprise.

Que vous inspire les débats autour de la nécessité de réformer l’audiovisuel public ? 

Entendons-nous bien, nous ne sommes pas opposés à la mise en oeuvre d’une grande réforme, c’est même une priorité. C’est la manière de conduire cette réforme qui peut nous poser problème. Nous n’avons eu de cesse de dénoncer les erreurs stratégiques successives qui fragilisent notre mission de service public! On a besoin de visibilité et de stabilité, ce qui suppose d’associer les professionnels aux réflexions en cours. Il ne faut pas être caricatural et affirmer que nous sommes hermétiques à tout changement.

Quels sont les principaux griefs que vous adressez aux pouvoirs publics ? 

Nous leur reprochons leurs injonctions contradictoires. Concrètement, on nous demande de faire plus avec toujours moins. Un exemple: début 2017, un contrat d’objectif est passé entre l’Etat et France Télévisions, exhortant l’entreprise à réaliser d’importantes économies. Dont acte. Mais en septembre de la même année, on nous annonce qu’il faut faire d’avantage d’économies, à hauteur de 50 millions d’euros. Est-ce sérieux? Encore une fois, nous ne sommes pas opposés sur le principe à opérer un renouvellement au sein de l’entreprise. D’ailleurs, nous n’avons pas attendu 2017 pour le faire. Depuis dix ans, nous avons développé des synergies, mutualiser des moyens techniques et fusionner des rédactions. Soyons lucides, on ne peut avoir un débat de fond sur un renouvellement de l’audiovisuel public en choisissant délibérément de le priver de moyens.

Comment envisagez-vous l’avenir de France Télévisions ? 

Nous l’appréhendons. D’autant qu’entre 2015 et 2020 la direction n’a prévu de recruter que 500 personnes pour 1.000 départs en retraite. Sans compter l’éternelle piste du regroupement, qui revient sans cesse sur la table. Créer une sorte de holding rassemblant France Télévisions et Radio France, c’est la promesse d’une usine à gaz très coûteuse, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. On a le sentiment d’une navigation à vue, sans cap réel.

 

 

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