Un BBC à la française ou le retour de l’ORTF ?

En novembre, France 3 Toulouse et Nice vont filmer la matinale info de leur France Bleu respectif. Une mutualisation qui inquiète les journalistes, alors que vient d’être nommé un ministre de la Culture qui encourage un rapprochement des médias composant l’audiovisuel public, à la manière de la chaîne britannique BBC.

Les radios France bleu pourraient être mutualisées avec France 3 qui filmerait certaines de leurs émissions. Crédits : wikimédia

 

Fusionner la télévision et la radio publiques. C’est un des plans du nouveau ministre de la culture Franck Riester, fervent partisan d’un «BBC à la française». Calquée sur le modèle britannique, cette entité unirait France Télévisions et Radio France, voire France Médias Monde (France 24, RFI etc), l’INA et TV5 Monde.

Première concrétisation: la création de la chaîne France info en août 2016, qui fusionne France Télévisions, Radio France, France 24 et l’INA. Par exemple, les flash infos de la radio France info sont également filmés et diffusés à la télévision et sur internet. Coût de la chaine: plus de 4 millions d’euros pour Radio France et 16 millions d’euros pour France Télévisions.

Rationaliser les contenus

Mais aujourd’hui, l’heure est aux économies: si le dispositif de mutualisation est amené à s’étendre, il s’appliquerait aux médias déjà existants, sans création de nouvelle chaîne. Ce que nombre de journalistes voient d’un mauvais œil: « on est en train de refabriquer un tout petit ORTF ou un minuscule BBC. Ils veulent rapprocher les entités qui avaient été supprimées en 1974 », s’alarme Claude Cordier, un ex de Radio France.

Jusqu’alors, la radio et la télévision étaient regroupées sous une même entité, d’après le modèle de la BBC: l’ORTF, ou l’Office de radiodiffusion-télévision française. Mais contrairement à la BBC, l’ORTF était entièrement sous le monopole de l’État. Cette gestion trop centralisée s’attira les critiques des défenseurs d’une information indépendante, ce qui aboutit en 1974 à son éclatement.

 

Claude Cordier a travaillé à Radio France pendant quinze ans.

 

Alors pourquoi le gouvernement revient-il aujourd’hui sur cette idée de « BBC à la française »? Pour rationaliser les moyens, quand d’ici 2022, l’audiovisuel public sera coupé de 190 millions d’euros dans son budget, dont 160 millions rien que pour France Télévisions.

France Bleu filmé

Deux expérimentations vont être lancées en novembre pour regrouper radio et télévision : les matinales de France Bleu Toulouse et Nice seront filmées par leur France 3 respectifs. De quoi apporter du nouveau contenu sur ce créneau pour la chaîne télévisée, qui pourra avoir à tripler ses heures de programmation régionale.

Pour les professionnels du secteur, difficile de voir clairement comment cette fusion va affecter leur manière de travailler. « Quand il y aura une publicité à la radio par exemple, que mettront-ils à l’écran à la télé ? Il faudra imaginer des conducteurs hyper cadrés pour synchroniser la radio et les images », médite Baudoin Calenge, journaliste à France Bleu Poitiers. Il s’interroge également sur les journalistes qui refuseraient d’être filmés: « il faudrait qu’ils partent?

« Mariage de la carpe et du lapin »

Le nouveau contenu protéiforme mêlera aussi deux échelles, celle de France radio, très locale, et celle de France 3, régionale. « C’est le mariage de la carpe et du lapin », balaie de la main Baudoin Calenge, qui pose aussi la question de l’intérêt pour le spectateur d’une radio filmée. Il prend comme exemple la chaîne France info, qui atteint une audience d’environ 30.000 spectateurs. « L’équivalent du minimum d’audience pour une petite radio », rappelle le journaliste en radio locale.

Si filmer la radio n’a pas d’intérêt, alors pourquoi ne pas diffuser la télévision en radio ? « Ça tuerait la radio, on reviendrait à l’ORTF! » réagit vivement Baudoin Calenge. Les manières de travailler son également différentes : « le son radio et le son télé, ce ne sont pas les mêmes choses, les mêmes coupures, les mêmes interviews… » Sans oublier le coût financier: « avoir une chaîne télévisée locale comme la radio, ce n’est pas pensable. La radio coûte beaucoup moins cher. » Là où le journaliste radio est seul sur le terrain, la télévision demande en plus la présence d’un caméraman… enfin sur la chaîne publique.

 

Fanny Guyomard

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