Presse quotidienne régionale et numérique, vers le «web first»

Dans plusieurs titres de presse quotidienne régionale, les articles sont désormais écrits en priorité pour le web avant d’être repris pour le papier. © Etienne Meyer-Vacherand

Web first, digital first, les noms changent mais les intentions restent les mêmes. Plusieurs groupes de presse quotidienne régionale (PQR) souhaitent donner la priorité au web sur le papier, en opérant des restructurations dans le fonctionnement de leurs titres. Un changement de stratégie, qui demande aux journalistes de ces rédactions de se former aux nouveaux outils mis en place.

À La Voix du Nordles articles des pages locales sont désormais écrits pour le site du journal avant d’être édités pour la version papier. Quatre pôles, de 15 à 18 éditeurs, se chargent de cette tâche. Un nouvel outil, le logiciel NewsGate, a été mis à la disposition des journalistes pour centraliser les publications. «Le problème, c’est qu’il n’y pas de formation en fonction du niveau des journalistes. Certains y trouvent leur compte, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, estime Bertrand Bussière délégué syndical SNJ à La Voix du Nord. Au moins, les formations existent et des efforts sont faits pour qu’elles puissent être suivies, ce qui n’est pas le cas dans toutes les rédactions.»

Ces changements de fonctionnement ont aussi entraîné une réduction drastique de l’information micro-locale. « Il y a un point positif, c’est que les éditeurs ont plus de temps pour travailler la maquette, reconnaît Bertrand Bussière. Mais la plupart des rédacteurs continuent d’écrire pour le papier, comme auparavant, et les articles ne sont que re-traités à la marge.»

«On met la charrue avant les bœufs»

Plus au sud, le groupe EBRA met lui aussi en place un plan digital first. Les journalistes salariés des deux titres du groupe en Alsace, Les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) et L’Alsace, suivent une série de formations depuis septembre. Brigitte Kern, des DNA, émet une réserve : «Tout le monde suit tous les modules. En tant que secrétaire de rédaction, je ne suis pas sûre d’avoir besoin d’apprendre à utiliser les réseaux sociaux.» 

Ces formations aux outils du numérique se poursuivront jusqu’au printemps 2019. Et la nouvelle orientation web s’accompagne d’une restructuration comme d’une mutualisation des rédactions de ces deux titres. Les journalistes restent toutefois dans le flou. «On met la charrue avant les bœufs, fustige Brigitte Kern. En plus, certains modules de formation sont à faire en e-learning sur notre temps de travail.»

Des revenus encore mineurs

« La qualité des formations est variable, certaines sont intéressantes ; d’autres, c’est du bricolage », estime Serge Poirot de Ouest-FranceLe groupe a déjà entrepris une restructuration de ses rédactions. Il demeure un point d’interrogation: l’environnement numérique commun à tous ses titres, présenté par la direction en septembre dernier.

La vidéo mobile occupant une place croissante sur le site du quotidien régional, les journalistes sont équipés de smartphones. Bien entendu, l’acquisition du matériel ne suffit pas. Serge Poirot pointe la difficulté de concilier la vidéo avec les autres aspects du reportage sur le terrain, avant de préciser:  « Les formations vidéo sont assez brèves, pas très pointues, mais la rédaction ne demande pas des réalisations très élaborées. »

D’après Bertrand Bussière de La Voix du Nord, « les Facebook live, les live-tweet etc. sont faisables sur des événements forts, quand plusieurs personnes sont mobilisées », donc pas systématiquement nécessaires pour couvrir l’actualité. Les journalistes n’ont pas à se focaliser sur ces nouveaux outils. «Il y a toujours le journal qui doit sortir, souligne-t-il. Le papier, c’est encore 90% de nos revenus. »

Etienne Meyer-Vacherand

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