Mobilisation syndicale inédite chez Ouest-France

Le groupe SIPA Ouest-France vient de lancer un plan de réduction des effectifs et de mutualisation des rédactions. Ce projet affecte notamment le titre Ouest-France, le quotidien le plus lu de France. L’incompréhension domine chez les syndicalistes SNJ, qui considèrent que la direction a brisé la tradition de dialogue de l’entreprise de presse. 

Manifestation des salariés de Ouest France devant l’ancien siège du journal ©Vanessa Ripoche

Cela faisait vingt ans que les journalistes de Ouest-France ne s’étaient pas mis massivement en grève à l’appel d’une intersyndicale SNJ-CGT-CFDT. Les 17 et 18 septembre derniers, pourtant,  ils étaient dans la rue pour protester contre le plan de réorganisation des rédactions présenté par la direction.

Les syndicalistes vent debout contre la mutualisation des titres

Un mois plus tard, le projet ne passe toujours pas auprès des syndicats. « Cette annonce a été très brutale. Ce n’est pas dans la culture de Ouest-France », considère Vanessa Vasse-Ripoche, journaliste à la rédaction de Nantes et déléguée du personnel SNJ. Et pour cause, ce projet prévoit la suppression de 73 postes, la création de 17 autres, la fermeture de cinq rédactions et la mutualisation des moyens et du personnel des différents titres de presse du groupe SIPA Ouest-France.

Vanessa Ripoche, déléguée du personnel à Ouest-France. © Etienne Meyer-Vacherand

Selon le SNJ, les articles du Courrier de l’Ouest et du Maine Libre seront demain achetés par Ouest-France dans la Sarthe et le Maine-et-Loire. En Loire-Atlantique, une mutualisation est également prévue avec Presse Océan. « C’est une atteinte au pluralisme. On touche au cœur du métier. Jusqu’à présent tous les titres avaient des lignes éditoriales différentes, et maintenant on nous dit que ce sont les mêmes », déplore Vanessa Vasse-Ripoche.

Pourtant la situation de Ouest-France est loin d’être catastrophique par rapport à celle d’autres journaux de presse régionale. Vingt personnes ont été embauchées cette année et le groupe n’est pas endetté. Néanmoins, il souhaite faire des économies suite à la baisse de sa diffusion. Le journal a perdu 14% de ses ventes entre 2008 et 2017.

« Les salariés voient ce projet comme une trahison »

La mobilisation des salariés est importante. Environ 200 journalistes ont manifesté le 17 septembre devant le siège du journal à Rennes, une motion de défiance a été signée par plus de 400 d’entre eux et une motion de soutien par 90 journalistes retraités.

« Ce plan ne prend pas en compte l’attachement des lecteurs à leur journal », considère le délégué syndical SNJ Serge Poirot. Outre les suppressions de postes, c’est le projet de mutualisation qui fait réagir les salariés : «ces dernières semaines, il y a eu une vague de colère. La mutualisation ne passe pas. Les salariés voient cela comme une trahison ».

La fin d’une époque

Ce sentiment s’explique notamment par l’histoire particulière de Ouest-France. Fondé à la Libération par Paul Hutin-Desgrées, le quotidien a pour devise « Justice et liberté » et porte les valeurs des démocrates-chrétiens. François-Régis Hutin dirige le journal jusqu’en 2016. Son décès en décembre 2017 a marqué la fin d’une époque pour le journal et ses salariés.

« Sous la précédente direction, nous signions une sorte de contrat moral en adhérant aux valeurs historiques du journal. Nous sommes attachés à ce journal, à son identité et à ses valeurs. Aujourd’hui, nous avons l’impression que ce contrat est brisé », souligne Serge Poirot.

Malgré la volonté de la direction d’organiser des ateliers participatifs pour consulter les salariés, les syndicats continuent à rejeter le projet de restructuration et tiendront une assemblée générale le 10 novembre.

Anaëlle De Araujo

2 thoughts on “Mobilisation syndicale inédite chez Ouest-France”

  1. Concernant le titre : mobilisation syndicale, certes oui. Mais mobilisation des salariés tout autant, et au premier chef, celle des salariés des rédactions de la Sarthe et du Maine-et-Loire.
    Bon congrès !

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