Les salariés de Mondadori manifestent contre leur rachat par Reworld

Ce jeudi matin, l’intersyndicale de Mondadori France et une délégation du Syndicat national des journalistes se sont réunis place du Louvre pour protester contre le possible rachat du groupe de presse par l’éditeur Reworld Media. Rassemblés devant le ministère de la Culture, les manifestants ne cachaient pas leurs inquiétudes.

Jeudi 18 octobre, près de 200 personnes se sont rassemblées pour protester contre le rachat de Mondadori par Reworld. Crédit : Axelle Bouschon

 

« Mondadori France, non à la casse de nos journaux et de nos emplois. » La banderole géante qu’ils brandissent donne le ton. Ce jeudi 18 octobre, à 9h30, l’intersyndicale de Mondadori France, soutenue par une délégation du congrès du Syndicat national des journalistes, s’est donnée rendez-vous place du Louvre, devant le ministère de la Culture. Au total, près de 200 personnes se sont rassemblées.

Mondadori France est le troisième groupe de presse magazine français. Cette filiale de l’éditeur de presse italien détient notamment les magazines Grazia, Sciences & Vie, Top Santé et Pleine Vie. Fin septembre, sa direction a annoncé le rachat de Mondadori France par l’éditeur Reworld Media. Une vente à laquelle ses journalistes s’opposent farouchement : ils craignent qu’elle s’accompagne d’un licenciement massif de 700 employés.

« Reworld Media, c’est pas du journalisme, c’est de la publicité planquée entre deux similis papiers! », proteste un membre de l’intersyndicale Mondadori France. Ce journaliste exerçant dans un quotidien de presse régionale est catégorique: la déontologie, Reworld Media n’en a « rien à faire », seul importe le gain. « Ils veulent écrémer les journalistes en les faisant travailler dans des conditions instables et vendre aux lecteurs des journaux bâclés qui se résument à des catalogues de publicités. »

Une pancarte colorée à la main, un journaliste en poste depuis quinze ans chez Sciences & Vie tire un constat identique: « Nous ne rentrons pas dans le schéma qu’ils veulent nous imposer. Nous avons peur que nos articles soient totalement vidés de leur contenu. » Une crainte partagée par une journaliste de Grazia, venue aux aurores: « Grazia n’est pas qu’un magazine de mode, c’est un magazine d’enquêtes, de reportages, qui prend position. Comme dans toute la presse il y a une baisse des ventes, certes, mais on se maintient. Et maintenant le nouveau groupe voudrait que l’on fasse mieux avec moins de moyens! »

« Si on n’est pas solidaires de la profession, qui le sera? », scande un délégué syndical SNJ, pendant que deux journalistes entonnent « on se battra pour pas finir à Pôle Emploi ! » sur l’air de Bella Ciao. Prisma Media, AFP, Lagardère Active… Les représentants des groupe de presse français se succèdent au micro et assurent leur soutien à leurs confrères. La situation a des airs de déjà vu, plusieurs magazines de Lagardère ayant été rachetés par Reworld Media en 2014. « Après le rachat de ces magazines, ils ont vidé les rédactions de leurs journalistes en les forçant à prendre des clauses de cession. Ceux qui sont restés ont été poussés dehors au bout d’un ou deux ans. C’est ce qu’il nous arrivera », prédit l’Intersyndicale de Mondadori.

Pierre Laurent, sénateur de Paris et secrétaire général du Parti Communiste Français, anticipe le même scénario: « Ce matin, j’ai déposé une question écrite au gouvernement. Ce sont 700 emplois qui sont menacés. Ce plan d’achat est un plan de licenciement massif. Il faut que les pouvoirs publics se mêlent de cette offre de rachat, qui constitue un enjeu démocratique. »

Un dernier discours, un dernier slogan scandé, et la foule se dissipe calmement aux alentours de 11h, alors qu’est diffusé la chanson « On lâche rien » de HK et les Saltimbanks. L’artiste belge Lita Chow, venue apporter son soutien, en profite pour récupérer quelques pancartes destinées à une œuvre artistique. « Mort aux cons et vive la presse libre », a été tracé au feutre sur le bitume. Le rassemblement touche à sa fin. Pas la lutte, affirme un délégué syndical du SNJ. « Ça va être long et ça va être dur », admet-il, mais pour que les salariés de Mondadori France conservent leur emploi, il en est convaincu, cette lutte, « c’est une nécessité ».

Axelle Bouschon et Christelle Murhula

Les pancartes brandies par les manifestants ont rivalisé d’originalité

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