Les écoles de journalisme non reconnues ne valent pas toujours le coût

Face à la difficulté d’intégrer les très sélectives écoles reconnues par la profession, de nombreux étudiants qui rêvent de journalisme se tournent vers des formations non labellisées. Mais le prix, souvent élevé, n’est pas toujours gage de qualité.

La page d’accueil du site web de l’IICP à Paris, une école privée non reconnue par la profession. Capture d’écran.

 

“J’avais contacté France 5 pour un stage en tant que journaliste. Mais ils donnaient la priorité aux élèves issus d’écoles reconnues.” Théo* n’est pas le premier à vivre cette désillusion. Etudiant en journalisme à l’ISCPA de Toulouse, il s’est vu barrer la route. La raison ? Son école n’est pas reconnue par la Commission nationale paritaire de l’emploi des journalistes (CNPEJ), qui fixe les critères de sélection.

Seules 14 écoles de journalisme bénéficient aujourd’hui du précieux sésame. Parmi elles , le CFJ, l’IPJ Paris-Dauphine et le CELSA à Paris, l’ESJ à Lille ou encore l’IJBA à Bordeaux. Mais toutes sont très sélectives – entre 20 et 60 places par promotion selon l’école, avec admission sur concours – et le nombre de déçus est élevé. Cette année par exemple, 880 candidats se sont présentés aux épreuves du CELSA, pour 32 élèves finalement retenus.

Face un marché de l’emploi saturé, les écoles reconnues font figure de graal pour les aspirants journalistes. “Ce n’est pas une garantie d’emploi à la sortie, mais ça facilite les choses. Il y a une différence de débouchés claire. La majorité des médias qui recrutent le font à travers ces écoles, par des processus de recrutement spécifiques ou des bourses”, souligne Hervé Demailly, président de la Conférence des écoles de journalisme (CEJ) qui regroupe au sein d’une association les 14 écoles reconnues.

Profiter de la frustration, un pari gagnant ?

Si beaucoup d’élèves déçus tentent à nouveau leur chance l’année suivante, certains sont plus pressés. Et pour ceux-là, il y a un vaste marché pourvoyeur en formations. La plupart au sein d’écoles privées, où le prix peut atteindre 8.000 euros l’année. Un coût élevé, qui ne garantit en rien la qualité des enseignements.

 

Chiffres : l’Etudiant / Infographie : Lucas Martin

 

“Dans certains cas, ça frôle l’escroquerie. Les écoles ont construit leur système autour de la frustration d’avoir raté les concours”, analyse Hervé Demailly. Qui rappelle tout de même que le prix élevé s’explique aussi par le besoin de matériel (caméras, studio d’enregistrement, etc.).

Il existe malgré tout une alternative : d’autres cursus plus confidentiels existent, dans les universités par exemple. Hervé Demailly cite notamment le Master “Journalisme et médias numériques” à Metz. “Une très bonne formation mais exclusivement tournée vers le web. Or, pour être reconnu, il faut aussi proposer des cours de TV ou de radio”, détaille-t-il.

Le succès des écoles onéreuses s’explique aussi par leur plus grande souplesse dans les conditions d’accès. Alors que la plupart des écoles labellisées recrutent après un Bac+3, beaucoup de formations privées non reconnues accueillent des étudiants dès la sortie du baccalauréat.

 

Chiffres : l’Etudiant / Infographie : Lucas Martin

 

Pour beaucoup de jeunes, c’est l’argument qui pousse à mettre la main au portefeuille. “J’avais envie de me lancer directement dans le journalisme, donc après le bac, j’ai directement foncé”, raconte Sadia. “J’ai fait quelques portes ouvertes, puis mon choix s’est porté sur l’Institut européen de journalisme (IEJ) [une école parisienne]”, poursuit-elle. Théo*, lui, ne se plaisait pas à l’université. “Passer par le privé m’a permis de faire abstraction de ce critère et si c’était à refaire, je le referais”, affirme l’étudiant de l’ISCPA de Toulouse.

“Il faut avoir conscience que ce sera à toi de faire le maximum, tout le temps”

Bien que la plupart reconnaissent des qualités à la formation qu’ils ont reçue, tous s’accordent à dire que les prix ne sont pas justifiés. Ce qu’ils soulignent surtout, c’est l’impression de devoir redoubler d’efforts en comparaison de leurs camarades d’écoles plus prestigieuses. Pour Louis, actuellement à l’IEJ, “le gros bémol, c’est qu’il n’y a pas assez d’aide pour chercher des stages, on n’est pas beaucoup accompagnés”. “Entre une école non reconnue et reconnue, il n’y a pas photo, confirme Sadia, qui a par ailleurs un avis très tranché sur la question. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien à prendre dans les écoles non reconnues. Il faut juste avoir conscience que ce sera à toi de faire le maximum, tout le temps”.

 

La part des journalistes titulaires de la carte de presse, selon qu’ils soient issus d’un cursus reconnu ou non. Crédits : Observatoire des métiers de la presse.

 

Le nombre de titulaires d’une carte de presse issus d’une école reconnue est d’ailleurs en constante augmentation depuis les années 2000, signe de l’importance croissante accordée à cette reconnaissance par les rédactions. Il n’empêche, en 2016, 81,4% des journalistes titulaires de la carte s’étaient formés autrement.

*Certains prénoms ont été anonymisés à la demande des concernés

Lucas Martin et Imen Mellaz

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