«J’ai trouvé cette histoire d’auto-entrepreneuriat un peu louche»

Auto-entrepreneuriat, bâtonnage, pige payée 7,50 euros… Axel Perru, étudiant en licence d’espagnol de 23 ans, a fait des piges pour un pure player aux méthodes parfois douteuses. Témoignage.

Crédits: Pixnio

«En février, j’ai effectué un stage dans un pure player d’actualité économique, que je préfère ne pas citer. Quand il s’est terminé, mon patron m’a proposé de devenir pigiste à côté de mes heures de cours. À la place des quatre ou cinq articles que je devais fournir chaque jour en tant que stagiaire, j’en écrivais un seul, rendu généralement le matin, pour 7,50 euros (brut). Mon patron m’a directement demandé d’être auto-entrepreneur. À ce moment-là je ne savais pas que c’était illégal. J’en avais discuté avec d’autres personnes de la rédaction, et elles étaient presque toutes auto-entrepreneuses aussi, à l’exception d’un ou deux salariés, alors j’ai accepté sans trop me poser de questions. Mais ces collègues n’en vivaient pas : ils étaient aussi intervenants à la radio, spécialistes dans un domaine ou femmes au foyer. Et puis, je ne sors pas d’une école de journalisme, alors c’était une chance pour moi d’être pris en pige dans cette rédaction.

Les papiers que je rendais étaient généralement tirés d’autres articles déjà écrits, souvent sur des sites anglophones. J’ajoutais parfois une comparaison avec la situation en France ou une remise en contexte, mais c’était surtout un travail de traduction. Les articles suivaient le même format: titre, image, deux paragraphes, deux sous-paragraphes. On évitait de prendre tout ce qui venait de l’AFP, pour ne pas avoir de problèmes de droits d’auteur. Avec le temps et en me confiant à d’autres personnes, j’ai commencé à trouver cette histoire d’auto-entrepreneuriat un peu louche. Je ne gagnais déjà pas beaucoup sur une pige, mais en payant en plus les cotisations dessus, ça ne faisait plus grand-chose dans la poche à la fin. J’ai fini par négocier avec mon patron et on a bidouillé pour que je sois payé comme dans le cadre d’un stage. J’ai arrêté de piger pour eux au mois d’avril dernier.

Malgré tout cela, je ne regrette pas mon expérience. Elle m’a appris à gérer mon stress. C’était aussi une occasion de travailler dans un média, ça m’a ouvert des portes. Je vais passer les concours des écoles de journalisme à la fin de l’année. Au moins, j’ai eu un aperçu de là où je n’ai pas envie de travailler plus tard.»

Propos recueillis par Marie Fiachetti et Joséphine Gruwé-Court

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