Daphnée Denis, la redchef baroudeuse de Loopsider

Des vidéos courtes en format carré, dynamiques sans pour autant sacrifier la qualité informative, diffusées exclusivement en ligne: Loopsider n’est pas un média comme les autres. Portrait de sa rédactrice en chef tout aussi singulière, Daphnée Denis.

Daphnée Denis, rédactrice en chef (Loopsider)

Confortablement installée dans un des fauteuils de l’open space de Loopsider, dans le 11e, Daphnée Denis a baroudé pour en arriver là. Après des années à l’étranger, elle est aujourd’hui, à 30 ans, à la tête d’une jeune rédaction propulsée par les réseaux sociaux: Loopsider. Sur Facebook, Twitter, YouTube, Snapchat et Instagram, le média traite aussi bien de belles histoires animales que de conflits politiques internationaux; il fallait bien un profil aussi atypique que celui de cette journaliste pour mener ce nouveau média hors du commun.

Sa carrière en France n’est qu’une histoire récente. Franco-colombienne, elle a d’abord travaillé à New York dès 2011, après ses études en double cursus de Sciences Po – Columbia University, aux États-Unis. Deux ans plus tard, elle emménage à Londres pour réaliser les podcasts du magazine Monocle jusqu’en 2014. Un média britannique qui possède sa propre radio en ligne et traite d’affaires étrangères et de business autant que de design et de culture.

À l’image de son média, les réseaux sociaux font partie intégrante de la vie de Daphnée Denis. Son portable n’est jamais loin: « je suis une grande consommatrice de réseaux sociaux, confie-t-elle. Aux États-Unis, Facebook m’a permis de rester en contact avec beaucoup de personnes, avant de devenir une source d’informations. »

Loopsider, petit dernier déjà grand

Né en janvier 2018, Loopsider a réussi ses débuts: ses 500.000 abonnés sur Facebook le catapultent numéro 2 du média social français derrière Brut. Loin de tricher sur ses aînés, Loopsider apporte des reportages plus longs (leur record est de 7 minutes), au ton posé sur des sujets variés, et bientôt des interviews. « En France, juste parce qu’on utilise un format similaire à celui que d’autres utilisent, beaucoup croient qu’on fait la même chose, précise Daphnée Denis. Les journaux impriment tous sur du papier, pourtant on sait pertinemment qu’ils ont chacun leurs particularités! »

C’est cette singularité qui a attiré la rédactrice en chef. Elle se retrouve dans les idéaux portés par Loopsider: « on a des valeurs assez progressistes, antiracistes, féministes, présente-t-elle. Et Johan Hufnagel a apporté le côté à la fois explicatif et pop culture de Slate, qu’on veut développer ». Johan Hufnagel, c’est celui qui l’a invitée à rejoindre Loopsider à l’époque où le média n’était qu’un embryon. Ancien de directeur de rédaction à Libération, il a repris le même poste chez le jeune nouveau de la vidéo sociale.

À présent, la rédaction compte une trentaine de personnes, à la fois rédacteurs et vidéastes. L’open space lumineux des locaux en accueille une quinzaine à la fois, dans une ambiance qui mêle le sérieux d’une équipe au travail et un air de sympathique co-working. Quelques cactus, un set Lego — le Yellow Submarine des Beatles — et des livres aux sujets insolites garnissent les étagères. Sur l’une d’elles, un petit crâne coloré du Día de Muertos mexicain rappelle le passé sud-américain de la rédactrice en chef.

En 2014, Daphnée Denis quitte Londres pour l’Uruguay, et devient correspondante vidéo sur l’Amérique latine pour l’AFP. Elle couvre l’ouverture de l’ambassade américaine à Cuba, les JO au Brésil, les élections en Argentine, les voyages du pape sur tout le continent… S’ensuit une année au Mexique à la tête du département vidéo d’El País America. Jusqu’à son retour en France en 2017, à l’approche du lancement de Loopsider.

Journaliste polyvalente, spécialiste de la vidéo et utilisatrice intensive des réseaux sociaux, Daphnée Denis cochait toutes les cases pour devenir rédactrice en chef de Loopsider. D’autant plus qu’elle est aussi une fervente avocate des médias sociaux. « Ils ne sont pas une condamnation pour les médias traditionnels, plutôt un nouvel espace où on peut créer plus d’engagement, atteindre d’autres personnes. Ce ne sont pas des médias superficiels, on peut habituer leur public à un contenu ambitieux et travaillé. » Reste à trouver comment être rentable dans ce secteur en pleine expansion: après la levée de fonds initiale d’un million d’euros, le média lancera une deuxième levée prochainement.

 

Arthur Gasqueres (texte) et Noémie Gobron (vidéo)

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