Avec Snapchat Discover, Le Monde attire les jeunes

Lancée voilà deux ans, l’édition Snapchat Discover* du journal Le Monde a bien évolué. Le média réunit un million d’abonnés sur le réseau social. En deux ans, sa stratégie pour attirer les jeunes s’est perfectionnée. Reportage dans sa rédaction.

Claire Duhamel, apprentie, et Pierre Lecornu, journaliste vidéo, en plein travail mercredi 17 octobre. ©Solène Agnès

 

 

Au cinquième étage de la rédaction du journal Le Monde, le service Snapchat côtoie le service web et la direction. Dans un silence studieux, Olivier Laffargue, rédacteur, nous y accueille. Barbe rousse et sourire discret, celui qui était déjà là au commencement se tient derrière son bureau.

“Au début, on a eu peur de faire du jeunisme. On ne voulait pas être le tonton relou qui met sa casquette à l’envers et dit “yo” !” Alors, la petite équipe décide de conserver sa ligne éditoriale réputée sérieuse malgré un lectorat plus jeune. Plus de 60% des utilisateurs du réseau social ont moins de 24 ans.

“Il ne faut pas sous-estimer la curiosité des jeunes lecteurs, même sur des sujets complexes. Par exemple, on a fait une Une avec Kim Kardashian lorsqu’elle avait été ligotée et volée. Le lendemain, on en a fait une sur la petite Bana qui tweetait sur son quotidien à Alep et l’édition a fait un tiers de plus d‘audience”, se rappelle le journaliste.

“Il faut aller à l’essentiel”

Pour s’adapter à un public jeune, de minimum treize ans, les sept membres de l’équipe misent sur le visuel. Jade Labrunye, qui a étudié le graphisme aux Gobelins, est arrivée il y a deux ans. “S’il n’y a pas de photo ni de vidéo, je dois faire une illustration”, résume-t-elle, avant de tout de suite préciser son ennemi : le temps. Elle est soumise aux mêmes pressions que les journalistes, difficile donc d’exercer tout son savoir.

Jade Labrunye, devant ses illustrations exposées dans la rédaction. ©Diane Regny

Si elle assure que son travail n’est en rien modifié par son lectorat, le contenu, lui, est adapté. Claire Duhamel, apprentie issue de l’école supérieure de journalisme de Lille, apprend les codes de l’écriture pour les jeunes. “Par exemple, on ne parle pas de la Place Beauvau, mais du ministère de l’Intérieur, et il faut toujours contextualiser.”

Olivier Laffargue récite les consignes qu’il se fixe : “on évite que tout l’écran soit rempli. Même si le format long est quand même possible. Mais il faut aller à l’essentiel. On fait des papiers très structurés. On fait attention à la titraille, et on évite les mots compliqués. Par exemple, un ado ne connaît pas forcément l’ONU.”

“Pour les grosses actus, c’est vers nous qu’ils se tournent

Une recette qui gagne pour le journal qui reste, 74 ans après sa création, une référence. Son édition Snapchat réunit aujourd’hui un million d’abonnés. “Nos lecteurs savent déjà où trouver les informations divertissantes, mais pour les grosses actus, c’est vers nous qu’ils se tournent”, se félicite Olivier Laffargue. Le journaliste sait pourtant qu’il n’y a que 20% de “swipe up” (balayer vers le haut de l’écran pour lire l’article associé). Mais il se réjouit que les lecteurs restent longtemps sur les articles.

Personne ne semble regretter ce pari lancé il y a deux ans. “Snapchat a éveillé la curiosité de la direction et la fonction Discover cherchait à se lancer en France. Le réseau social voulait créer un kiosque divers avec de l’actu généraliste. Il s’est adressé à nous au moment où nous y pensions nous-mêmes.”

Olivier Laffargue se rappelle également de ce qui animait les discussions : concilier la ligne éditoriale sérieuse du Monde et sa présence sur un réseau social à visée divertissante. La marque a finalement trouvé sa formule gagnante et entend bien, par ce biais, rajeunir son lectorat. Un renouvellement qui pourrait offrir au journal né en 1944 une seconde jeunesse.

 

Solène Agnès et Diane Regny

 

*Snapchat est un réseau social de partage de photos et de vidéos éphémères. Sa fonction Discover permet entre autres de visionner gratuitement des contenus médiatiques.

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