Avec internet, les conditions de travail des journalistes se détériorent

Selon un rapport sur la santé des journalistes, le métier se fait de plus en plus stressant et fatigant. Leurs conditions de travail ne s’améliorent pas sous la pression de la transition numérique.

En 2015, plus de 60% des journalistes ont des journées de travail supérieures à huit heures et les temps de récupération sont rares. Photo: Axelle Bouschon.

 

Passionnés mais fatigués. C’est l’une des conclusions que l’on peut tirer du rapport Technologia sur l’état de santé et les conditions de travail des journalistes, sorti en 2015. Un nouveau rapport sera rendu public dans quelques mois, début 2019.
Plus de 1 000 journalistes interrogés font état d’une fatigue engendrée par le nombre d’heures travaillées. Et parmi eux, plus de 600 journalistes déclarent dépasser huit heures de travail par jour. Les jeunes journalistes souffrent eux aussi de ces longues journées, voire des nuits blanches.

Les journalistes de moins de 30ans ayant répondu à l’enquête subissent davantage les mauvaises conditions de travail du métier que leurs aînés. Infographie : Héloïse Linossier

 

Car à cela s’ajoutent des temps de récupération insuffisants. Près d’un journaliste interrogé sur deux estime ne pas pouvoir se reposer assez entre deux périodes particulièrement chargées. Le code du travail stipule pourtant qu’onze heures de repos quotidiennes sont obligatoires pour les employés, hors cadres-dirigeants.

Rédactions réduites et pression numérique

Près de sept journalistes interrogés sur dix s’accordent sur le fait que le manque d’effectif constitue la raison principale de ce rythme quotidien démesuré. La réduction du personnel des rédactions pèse en effet à la fois dans l’organisation et dans la charge du travail des journalistes.

Juste derrière le manque d’effectif, en deuxième position, le développement du numérique est cité par les journalistes interrogés comme une raison de l’augmentation de leur charge de travail. C’est la différence notable entre le rapport publié en 2011 et celui publié en 2015.

S’occuper de la visibilité du média sur les réseaux sociaux ou encore de l’alimentation quasi perpétuelle des sites web… Ces dernières années, la transition numérique des médias change rapidement les pratiques des professionnels des médias. « Avec internet, il n’y a plus d’horaire limite, explique Isabelle Blois, élu au Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) à Ouest-France. Avant, le bouclage dans la presse écrite – ou le JT à la télévision – sonnait la fin la journée. Avec les sites internet, ce n’est plus le cas. C’est très difficile de se déconnecter du métier, au sens propre et figuré. »

Bientôt tous journalistes Shiva ?

La multiplication du nombre de médias (web, réseaux sociaux, applications, etc.) affecte l’organisation de travail des journalistes. Surtout que les tâches ne sont pas toujours bien définies. « Par exemple, la gestion de la page Facebook, est-ce aux localiers de la faire ? Ou aux SR web ? C’est encore très flou dans ma rédaction », souligne Isabelle Blois, qui occupe à mi-temps un poste de secrétaire de rédaction (SR) pour le web.

Cette polyvalence se retrouve sur le terrain. « Une de mes collègues utilisait l’image des journalistes-Shiva, ironise l’élue CHSCT. L’image est bien trouvée. Sur le terrain, on demande de plus en plus aux journalistes de prendre des notes, de faire des photos, de faire des vidéos… Un article qui nous prenait une-demi heure avant peut nous prendre deux heures aujourd’hui ! »

Davantage de burn-out 

La santé dite mentale des journalistes pâtit de ces difficultés. Les préoccupations techniques l’emportant parfois trop sur le fond, ils remettent souvent en question le sens de leur métier, exercé dans les conditions de travail actuelles. « Avant, les risques psycho-sociaux impactaient plus les industriels de la profession, comme les imprimeurs. Aujourd’hui, les formes de dépression viennent plus du côté des rédactions », constate Isabelle Blois.

La secrétaire de rédaction anticipe le résultat du rapport sur la santé des journalistes qui sera publié au début de l’année prochaine: « En toute logique, l’impact du numérique dans les pratiques des journalistes devrait être encore plus manifeste. »

Guillemette de Préval

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