« Les citoyens doivent nous aider s’ils veulent une information digne de ce nom »

Placardées sur la grille de l’Hôtel de ville, du côté de la rue de Rivoli, 25 affiches retracent « 100 ans de combats pour la liberté de la presse » jusqu’au 21 octobre. Dominique Pradalié, secrétaire nationale du SNJ, a participé à la conception de cette exposition. Elle insiste sur la nécessité de rappeler au grand public l’importance de la liberté d’information.

Dominique Pradalié, secrétaire nationale du SNJ, a participé à la conception de l’exposition. ©Augustine Passilly

L’exposition retrace tous les combats de la presse menés de 1881 à 2018. Comment résumeriez-vous cette histoire en trois dates ?

La Charte d’éthique professionnelle des journalistes a été rédigée en 1918. A l’époque, elle s’appelait « la charte des devoirs ». Si les journalistes demandent des droits, il ne faut pas oublier que c’est pour pouvoir exercer leurs devoirs. Ils restent au service de tous les citoyens, qui ont droit à une information juste. Le SNJ est d’ailleurs surnommé le service public de la profession.

En 1935, la loi Brachard instaure la clause de conscience, qui figure désormais dans le Code du travail. Mais ce n’est pas suffisant. Aujourd’hui, un journaliste qui exerce ce droit risque de ne pas retrouver de travail, tandis qu’il n’y aura aucun changement dans la rédaction à laquelle il s’est opposé. C’est pour ça que nous demandons une clause de conscience collective.

Enfin, tout au long de l’exposition, nous insistons sur l’importance de poursuivre ces combats. Prenons l’exemple de la protection des sources. Nous nous sommes battus jusqu’à ce qu’elle figure dans la loi du 4 janvier 2010, or elle est remise en cause aujourd’hui, notamment par la loi sur le secret des affaires. Autre exemple : le statut d’auto-entrepreneur que préfèrent des employeurs, une menace pour les journalistes salariés. Sans ces différentes modalités, il n’y a plus de profession de journaliste !

Pourquoi est-il important de partager ces dates clés avec le grand public, à l’époque de la défiance envers les médias et des fake news (ou « infox ») ?

Parce qu’on travaille pour le grand public. C’est la première phrase de notre charte : « Le droit du public à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droits de l’homme et la Constitution française, guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. » Le droit d’être informé figure également dans la Constitution française.

Je ne comprends pas cette permanence de la défiance du grand public à l’égard des médias. Pas moins de 35.000 journalistes exercent en France et 95% de la profession travaille très bien. En réalité, les citoyens se méfient surtout des éditorialistes, qui ne représentent qu’une poignée d’entre eux. C’est autour de ces têtes de gondole que se concentrent leurs doutes, à raison.

Le dernier panneau de l’exposition mentionne la multiplication des atteintes à la liberté d’information. Vivons-nous dans une période particulièrement hostile à l’indépendance des médias ? Quels remparts le SNJ prévoit-il contre ces entraves ?

Les citoyens doivent nous aider s’ils veulent une information digne de ce nom. Ils doivent se lever et venir nous aider. Parce que des lois comme celle sur le secret des affaires menacent tout le monde. Cela ne concerne pas uniquement les journalistes.

De notre côté, nous poursuivons notre travail de militantisme auprès des instances, des politiques, des défenseurs des libertés et des droits de l’homme… J’accorde une entière confiance aux jeunes qui rentrent dans la profession, mais s’ils veulent un avenir, il faut qu’ils se retroussent les manches et qu’ils se battent collectivement pour leurs droits.

Propos recueillis par Augustine Passilly

Les 25 panneaux de l’exposition « 100 ans de combats pour la liberté de la presse » sont affichés sur les grilles de l’Hôtel de ville jusqu’au 21 octobre. ©Augustine Passilly

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